Comment Macky tua le père et s’enracina au pouvoir ?

Celui que personne n’attendait a profité de l’erreur de Wade, pour lorgner son fauteuil. La dévolution monarchique que le Pape du Sopi imposa en tentant d’introniser son rejeton est à l’origine de cette rupture.

Celui qu’on taxait de sénile et impitoyable à l’endroit de son cercle de collaborateurs soumis n’avait d’yeux que pour celui qu’il qualifiait de « Plus intelligent d’entre tous ». Cet opposant historique en a vu des vertes et des pas mûres mais les urnes l’ont hissé au pouvoir grâce au dur labeur de ceux qui ont cru en lui. Son vœu pieux de voir sa progéniture, qu’il considère comme seule légitime à assurer sa relève, lui a valu une sortie par la petite porte.

C’est en 2007, que Abdoulaye Wade, à propos de sa succession a désavoué notre actuel pensionnaire du palais, en révélant ceci à la presse: « Je ne vois personne autour de moi». Macky, se tenait alors près de son idole, qui venait de lui infliger une humiliation comme il avait pour coutume de le faire. Celui qui avait rusé pour devenir premier ministre de l’époque et futur artisan de sa réélection en 2007 ne s’en est jamais remis!

Cependant, il a préféré rester le disciple docile, dont le pedigree politique a souvent été minimisé par son chef de parti. Celui qui est perçu comme un traître pour certains wadistes, n’a jamais réellement inquiété Wade. Rien au départ ne présageait un tel rapprochement, car Macky maoïste est devenu libéral par la force des choses.

Ce diplômé en géologie au tempérament effacé serait selon des individus qui l’ont côtoyé, complexé par ses origines modestes. En 1983, quand sa formation politique dirigée par Landing Savané avait appelé au boycott des urnes, il avait porté son choix sur cet avocat libéral, et il réitèra l’opération en 1988.

Ceci marque le début de son attrait pour la grande famille libérale, qu’il a ralliée en 1989 aux côtés d’Idrissa Seck, Aminata Tall, Ousmane Ngom militants de la première heure. Il fut un recruteur exceptionnel et a largement contribué à la massification du Parti démocratique sénégalais. Gorgui se fie entièrement à lui.

Il fut incontournable lors de l’accession au pouvoir de Wade en 2000, percutant et pertinent, mais Idrissa Seck lui a coupé l’herbe sous le pied. Le directeur de cabinet d’alors de Wade voyait-il un challenger en la personne de Macky au point de l’écarter du gouvernement?

Toutefois Wade lui avait fait miroiter qu’il détiendrait le portefeuille des mines, au début de leur rencontre, n’en déplaise à Idy, chose promise chose dûe. Lorsqu’il récupère en 2003 le ministère de l’intérieur, il ne sera pas étranger à l’éviction d’Idy à la tête du gouvernement, accusé de corruption en 2004.

Il devient le prolongement de l’exécutif de Wade à la primature trois ans durant et donne vie aux chantiers restés alors en inertie jusqu’ici. L’arrivée de Karim viendra ruiner tous les projets en gestation de Macky, surtout celui de devenir le dauphin légitime de Gorgui.

Sall très admiratif de Maître Wade, ne cesse de marteler que ce dernier n’aurait jamais dû tenter de briguer un troisième mandat. Quelle ironie du destin, il marche aujourd’hui dans ce sillage !

Ce qui est dommage pour les sénégalais, c’est que personne de son entourage n’a tenté de le contredire sur ce point, à priori on lui vouait un culte sans borne. C’est un signe de loyauté car il aurait fait beaucoup pour ceux qui gravitent autour de lui. Cette pratique se poursuit au sein du maquis de l’APR de manière exponentielle.

Ce coup de maître que Macky a réalisé en 2012 face à celui qui l’a fait sortir de l’anonymat, prouve que ce personnage politique est revenchard. L’élève a ainsi terrassé le maître et embastillé son fils. Celui qu’on qualifie de président par accident n’est il pas finalement un adversaire redoutable qui se donne les moyens de ses ambitions ? Ce côté imprévisible et cet acharnement contre ceux qui ne se conforment pas à son plan, révèle qu’il peut être calculateur et déterminé.

Le rapport de force qui l’a propulsé au sommet n’opère pas de la même manière sous son magistère. Ceux qui constituent son clan l’ont bien retenu. Entre la manipulation de la Constitution, une armée de transhumants de tous bords arborant leur base politique en bandoulière et une justice féodée à la cause d’un clan, tous les voyants sont au vert pour son maintien à la tête du podium. En supprimant le poste de premier ministre, il réprime toute tentative de succession, à son règne qui risque de se perpétuer si nous demeurons spectateurs.

Comment venir à bout de ce système qui n’est là que pour étancher la soif de pouvoir des leaders désirant flatter leur ego ?

L’urgence pour nous est d’instaurer un nouveau leadership politique capable de nous hisser à la hauteur du monde. Le militantisme proposé depuis les indépendances ne place pas le citoyen au centre de l’action politique. Macky nous a dupés en tuant le père, à notre tour de mettre fin à l’idolâtrie pour impulser un changement de mentalités.

Il est alors établi que le bon responsable était déjà un bon militant. Ce qui nous pousse à avoir la certitude de croire que les énergies et ressources de notre mouvement doivent être orientées vers la formation d’un militant imprégné des vertus de l’éthique et du travail.
Cela a au moins le mérite d’éviter de placer des responsables opportunistes et incompétents à des stations de décisions qui ont un impact considérable sur la qualité de la gouvernance du bien public.

Maimouna Mint Saidou Dia
Chargée de la communication du Mojip France
Chargée de l’organisation de la cellule de
PASTEF BORDEAUX

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