ADO revient par la petite porte (Par Lamine Niang)

Le président Alassane Dramane Ouattara a finalement décidé de faillir à sa parole. Il va se représenter à un troisième mandat à l’élection présidentielle du 31 octobre prochain.

Après la mort inattendue de son dauphin désigné, l’ancien premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le 8 juillet passé, ADO devait faire face à un choix cornélien: respecter sa promesse de « passer le flambeau à la nouvelle génération » en trouvant un nouveau candidat au RHDP, le parti présidentiel, ou bien se dédire en se représentant de nouveau malgré l’inconstitutionnalité de sa candidature. Il a choisi la dernière option. Décision lourde de conséquences.




Avec cette nouvelle donne, la Côte d’Ivoire, cette locomotive de l’espace UEMOA, risque gros. Des manifestations sont déjà annoncées un peu partout dans le monde pour donner le ton du climat social plein d’incertitudes à venir.

La polémique des juristes fera rage et les constitutionnalistes pro ADO brandiront dans les médias où ils seront invités les dispositions de la nouvelle constitution adoptée en 2016 pour légitimer la décision présidentielle.

Malgré l’embellie économique tirée par la production et l’exportation du cacao ainsi qu’un investissement massif dans les infrastructures ces dernières années, la pacification du pays reste vulnérable. Une série de crises sociales et politiques ont marqué la terre de Houphouët-Boigny ces dernières décennies (coup d’Etat militaire en 1999, guerre civile en 2002 et troubles post électorales en 2010). Des fractures ethniques et religieuses entre le nord musulman et le sud catholique continuent également de rythmer la vie de ce pays frère.

Les présidents africains aiment souvent copier les mauvaises pratiques inspirées d’ailleurs qui leur permettent de conserver le pouvoir. Les juristes-tailleurs ne sont jamais loin pour apposer une caution légale aux forfaits.

À l’heure où le président Macky Sall nage pleinement dans le clair-obscur sur l’éventualité d’une troisième candidature en 2024, la nouvelle annonce d’ADO lui donnera sûrement des idées malsaines. Habitué aux basses combines politiques et au renoncement de la parole donnée, il n’hésitera pas à demander à ses spin doctors, maîtres dans l’art de la promotion des coups fourrés et de la fanfaronnade politique, de relancer plus activement le débat sur sa candidature afin de sonder l’opinion publique.

2011 est encore frais dans nos mémoires. Le Conseil constitutionnel avait validé l’injuste candidature de Wade malgré les nombreuses manifestations (sous l’influence du Mouvement Y’en a marre et du M23) ayant entraîné des morts et des dizaines de blessés graves. Ces « sages » du Conseil constitutionnel, nommés par le président de la république, n’attendent que le pire moment pour rendre la monnaie à leur bienfaiteur.

Dans un contexte mondial marqué par la tragédie du COVID-19 et ses terribles conséquences économiques, la sous-région africaine pouvait bien se passer d’une possible nouvelle instabilité politique. Les nombreuses morts Guinée et le chaos récent au Mali n’ont pas servi d’exemple, hélas!

Lamine NIANG

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