Quelques remarques sur la conférence de presse du président Macky Sall(Par Amadou Sow)

Le président Macky Sall semble désormais inscrire dans la tradition républicaine un entretien avec la presse, à chaque suite de discours annuel de fin d’année.

C’est une excellente initiative, qui n’est normalement pas extraordinaire dans un pays où la positive tradition de dialogue a tendance à devenir un prétexte pour habiller toutes sortes de forfaitures contre les intérêts réels du peuple.

A priori, ce n’est donc pas seulement une question de démocratie.

Il s’agit juste de quelque chose en adéquation avec l’identité sénégalaise.

Simplement.

Une fois n’étant pas coutume, comme l’année dernière, le président de la République a échoué dans la restitution de ses cours d’art oratoire.

En effet, en 2019, on a pu noter un certain nombre de ratés dans son face-à- face avec la presse, notamment en ce qui concerne la réponse à la question sur la troisième candidature, alors posée par un journaliste qui, très curieusement, cette-fois, n’est pas désigné par son organe de presse.

Disons que c’est une question de cuisine interne et avançons.

Cette année encore, la question est revenue.

Le président a réitéré sa position, même si la forme à changer.

On va y revenir.

Faisons de brèves remarques sur sa prestation d’hier.

Nous nous intéressons à son introduction (environ sept minutes), un peu à la partie concernant la COVID 19 et enfin aux aspects politiques de son intervention.

Nous notons des problèmes qui auraient pu être évités.

Les réponses du président sont souvent trop longues et possiblement ennuyeuses.

Peut-être ennuyeuses parce que longues !

Sinon, je ne vois pas pourquoi la journaliste (modératrice) éprouve la nécessité de le recadrer poliment, en préconisant un « baral » de réponses (réponses succinctes).

D’ailleurs, elle est même allée jusqu’à demander au Chef de l’Etat d’avoir la patience d’écouter intégralement les questions avant de réagir.

En termes clairs, elle lui suggère le sens de l’écoute et de la patience.

Un élément de forme frappe particulièrement une certaine catégorie d’observateurs : la présence symptomatique du marron (Couleur de son parti), de l’avant-plan à l’arrière-plan, jusqu’aux planches de la représentation.

L’un des talons d’Achille du président Macky Sall est relatif à tout ce qui touche la famille au sens africain du terme.

Dans ce cas précis, la famille part du père, de la mère, du fils et de la fille, aux beaux-parents, clan et ethnie, sans oublier celle politique ou partisane.

J’en veux pour preuve, l’expression « dynastie FAYE-SALL » qui résume tout.

Il faudra même analyser le fait qu’on préfère dire « FAYE-SALL » au lieu de « SALL (Son nom) -FAYE (nom de son épouse).
N’allons pas plus loin !

Dans cette perspective, soulignons que la présence de sa famille proche lors d’une adresse à la nation sénégalaise, laisse suspecter un mélange des genres qui, à sa décharge, pourrait être une certaine façon de représenter symboliquement les Sénégalais.

C’est une manière de l’aider un peu mais nous savons que ce n’est pas l’objectif visé.

Les propos du président étaient destinés exclusivement aux Sénégalais, d’où l’usage de la langue wolof. Il parlait en tant que Chef d’Etat et non comme un chef de famille, même si jusqu’à nos jours l’expression « père de la nation » continue d’être bizarrement utilisée.

En outre, en présentant ses condoléances, le président, même s’il a précisé qu’il ne va pas énumérer les noms des illustres Sénégalais décédés tout dernièrement, a fini par en citer quelques-uns.

Dès lors, il est loisible à tout un chacun de se demander pourquoi tel et pas tel.

De notre point de vue, il aurait intérêt à le M. le défunt Idrissa Diallo ; ce qui conforterait ses propos sur la tolérance, très présente dans son discours.

Par ailleurs, à entendre le président parler de la COVID, on a l’impression que l’Afrique a déjà vaincu la pandémie, contrairement aux grandes puissances qui continuent à se débattre.

C’est comme si le président s’est laissé dominer par une certaine volonté de donner à son intervention des relents de panafricanisme ; ce qui est à la mode actuellement.

En effet, en voulant dire que les prédictions catastrophistes concernant les ravages que la COVID pourrait faire en Afrique se sont avérées fausses (pour l’instant), le président a utilisé un langage triomphant, oubliant que nous subissons actuellement les conséquences d’une deuxième vague.

Il a utilisé l’expression wolof « loolu ňu doon wax amul », autrement dit « ce qu’on prédisait, ne s’est pas réalisé ».

Il devrait utiliser le terme « amagul » (pas encore arrivé) par mesure de prudence et en rapport avec la relance de la pandémie au Sénégal.

Pour terminer cette analyse non exhaustive, parlons de la question très attendue sur une éventuelle troisième candidature du président, devenue de plus en plus probable.

Un élément de taille : c’est le moment où le président a le plus montré une agitation perceptible à l’œil nu.

Il s’est presque tiraillé avec Cheikh Diaby de la 2S TV ; ce qui laisse penser à un flash-back de son « pugilat » verbal avec le journaliste Babacar Fall, l’absent-présent de cet entretien.

Le Chef de l’Etat a encore une fois tenté de « supprimer cette équation » dont il veut accentuer le caractère inconnu.

Pourtant, les choses deviennent de plus en plus claires ou plutôt suspectes, au regard des nombreuses évictions de ses partisans qui osent affirmer qu’il n’a pas droit à une troisième candidature.

Ne voulant pas répondre clairement à cette interrogation évidente, il choisit l’esquive.

Monsieur le président, encore une fois, pourquoi seuls ceux de votre camp qui soutiennent que vous n’y avez pas droit sont défenestrés ?

Enfin, un petit mot de la fin : vous n’avez pas besoin de rappeler que vous êtes un « Ceddo ». Nous le savons.

Vous l’avez déjà écrit dans votre livre et vos griots attitrés se sont déjà chargés de délivrer le message.

Amadou SOW

MONCAP, Ecole du parti

PASTEF

 

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