Il est des trajectoires politiques qui se consument dans le bruit de leur temps ; d’autres, plus rares, s’installent dans la durée parce qu’elles ont été pensées pour y survivre. La politique, lorsqu’elle s’élève au rang de pensée, cesse d’être une simple conquête du pouvoir pour devenir une épreuve de vérité.
En ce 4 janvier 2026, célébrer les douze années de PASTEF revient moins à commémorer une date qu’à reconnaître l’émergence d’une idée devenue méthode, d’une parole devenue action, d’une dissidence devenue référence. Né en 2014 dans une austérité presque radicale (sans mécènes, sans héritage politique, sans oligarchie protectrice) PASTEF s’est construit autour d’un refus fondateur : refus de la confiscation de l’État, refus d’un développement sous tutelle, refus d’une démocratie vidée de sa substance citoyenne.
Ce refus a mûri en doctrine cohérente : souveraineté, justice sociale, transparence, éthique publique, dignité. Douze ans plus tard, cette doctrine n’est plus seulement un discours de rupture ; elle s’est muée en principe d’action, confrontée à l’épreuve la plus redoutable : gouverner après le désordre.
Au cœur de cette trajectoire se tient Ousmane Sonko, fondateur et président de PASTEF. Le réduire aux affrontements politiques serait passer à côté de l’essentiel. Sonko est d’abord un intellectuel politique, pour qui la pensée précède l’ambition. Sa production intellectuelle (de Pétrole et gaz au Sénégal à Les territoires du développement en passant par des débats thématiques africains et nationaux variés et instructifs à la presse) dessine une conviction constante : le développement ne se décrète pas, il s’enracine dans les territoires, les capacités locales et la responsabilité collective.
Cette continuité doctrinale donne à certaines alertes passées la force d’un diagnostic aujourd’hui confirmé : fragilisation budgétaire, endettement excessif, dilution de la responsabilité publique. Mais l’histoire ne juge pas seulement ceux qui dénoncent ; elle juge surtout ceux qui agissent lorsque l’excuse n’est plus possible.
C’est là que PASTEF a été attendu. Et c’est là que s’est jouée sa crédibilité : assainissement progressif, traitement d’arriérés, remise en ordre de secteurs vitaux, restauration de la confiance dans l’État, accompagnés de mesures concrètes touchant le coût de la vie, dans un contexte budgétaire contraint. Peu importe ici la rhétorique : ce qui compte, c’est la cohérence entre l’idée et le geste.
Mais la singularité de PASTEF ne se limite pas à l’action gouvernementale. Elle réside aussi dans une éthique tenue : financement transparent, refus des dépendances occultes, préférence assumée pour le privé national, discipline dans l’usage des moyens publics, et rappel constant que la patrie doit primer sur l’appareil partisan. À cela s’ajoute une organisation qui valorise les compétences et assume l’inclusion, jusque dans ses plus hautes instances — fait inédit dans l’histoire politique nationale.
Ce n’est donc pas un hasard si, au-delà du Sénégal, cette trajectoire résonne. Qu’émergent ailleurs des initiatives qui s’inspirent du souffle, du style et parfois même du nom de PASTEF PACTEF au Comores, au Cameroun …) dit quelque chose d’un besoin continental : celui d’un panafricanisme de méthode, et non de posture.
Douze ans après sa naissance, PASTEF n’est pas une parenthèse. Il est un moment historique : celui où l’engagement s’est articulé à la pensée, où la dissidence a refusé le cynisme, et où une parole politique, au lieu de se dissiper, a choisi de s’inscrire dans la durée. Le temps, juge souverain, commence déjà à livrer son verdict.
Mouhammad CISSE
Responsable de la cellule de CHADEN1/Chargé des élections adjoint de Pastef Mbour
cellulechaden@gmail.com/784431520










