Se battre radicalement avec intelligence

Ils étaient nombreux au Mali et sur les réseaux sociaux à applaudir et à chanter le coup d’Etat militaire, pensant que cette balafre à la démocratie , aussi hideuse soit-elle, allait tout de même tourner définitivement la page IBK et en ouvrir une nouvelle, plus belle. Le jeu en valait la chandelle, criait -on! Après tant d’années de déceptions et de mal-être collectif cet état d’esprit peut se comprendre facilement aujourd’hui.

Le besoin de changement était si profond que le regard restait uniquement concentré sur la cible: la chute du régime. Tout se qui transitait autour était insignifiant alors que le problème devait être conçu et appréhendé dans une dynamique systémique pour mieux gérer l’avant et l’après IBK.





Comme on le disait dans notre dernier post, les mutins ont tellement bien compris ce délire populaire que, dans un élan d’opportunisme et d’aubaine inattendue, ils se sont débarrassés intelligemment du président en le poussant à une démission militairement assistée. Sous le faux alibi d’un secours au peuple, ils cachaient bien l’arme qui allait achever l’assassinat constitutionnel.

Le coup ainsi réussi avec l’onction populaire, le plan de conservation du pouvoir pouvait être bien déroulé. Se jouant bien de notre naïveté et de notre émotivité à fleur de peau, ils vont goulûment satisfaire leur libido pouvoiriste, sans faire mieux que le régime déchu.

Un pays ne se gouverne pas correctement sur un coup de…mitraillette magique. C’est d’autant plus vrai pour un pays en lambeaux où l’Etat et les institutions sont complètement à terre. À moins d’un miracle, l’impréparation à gouverner risque de mener à d’autres dérives.

Le retour rapide à l’ordre institutionnel avec une transition rapide et, ultimement, l’organisation transparente de nouvelles élections est aujourd’hui remis aux calendes grecques. Trois longues années! Un contrat très probablement renouvelable. Ils auront le temps de bien se civiliser à la manière de Blaise Compaoré et d’autres putschistes connus du passé, et perpétuer ainsi leur règne.

Certains partisans du coup d’Etat, dans leur euphorie momentanée et incontrôlée, ont même imploré les dieux que le virus institutionnel malien soit importé dans les meilleurs délais en Guinée,en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Le grand chaos avant de voir cette Afrique tant idéalisée renaître finalement de ses cendres.

La vengeance est mauvaise conseillère et quel que soit notre degré de frustration et de colère, nous devons constamment garder notre lucidité et ne pas choisir de guérir le mal par un autre mal. Ces présidents tant honnis par leur peuple tomberont très certainement dans un moyen ou long terme. Mais nous devons refuser de retomber dans le cycle infernal des coups d’Etat des années 60-70. Ce sera un retour dans une nuit sans fin.

Les dynamiques et les forces intérieures et extérieures qui gravitent autour de la gestion de nos pays sont multiples et surtout complexes. Des raccourcis et solutions simplistes ne feront que nous replonger dans des cycles interminables d’instabilité comme c’est le cas au Mali depuis 2012, ce que recherchent justement beaucoup de puissances extérieures. Chaque nouvelle crise est une opportunité inespérée à saisir pour mieux nous exploiter.

Le mal ne vient pas seulement de l’intérieur et de l’élite. La Chine comme la Russie, nouvel allié des putschistes maliens, l’ont pourtant compris depuis longtemps face aux puissances occidentales. Restons vigilants.

En plus de servir de terreau fertile idéal pour secourir une économie mondiale terrassée par la pandémie du COVID-19, toujours plus facile par l’exploitation de nos ressources en temps de crise, le continent noir ne doit pas être le terrain de jeux des luttes géostratégiques des puissances occidentales ne cherchant qu’à étendre leur hégémonie au-delà de leurs frontières.

Lamine Niang

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Un commentaire

  1. En voilà un qui a tout compris, tout sauf les attentes des peuples de la cdeao! Je trouve quand-même osé, prétentieux de votre part, de qualifier les ouest-africains d’ idiots et de traiter les militaires maliens de mauvaise foi. Nous n’ attendrons sûrement pas le long Terme pour nous débarrasser de ces types à la peau noire, mais au masque blanc. Au lieu d’ encourager les peuples maliens, guinnéens et sénégalais qui se battent pour se libérer du joug de ces traitres de présidents, vous nous parlez de géostratégie! Comme si les officiers supérieurs maliens ne savaient pas ce que c’ est que de la géostratégie! L’ Afrique a besoin d’ hommes avec des couilles dans le pantalon et non de gens de votre accabit!

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