Rompre avec une gouvernance de pauvretés (Par Peps GUEYE)

L’évaluation de la pauvreté de notre pays par les institutions internationales n’est que la résultante d’un ensemble complexe de pauvretés qui plombent notre évolution depuis les indépendances. Notre pauvreté a démarré depuis que notre premier président nous a livré pieds et mains liés à l’impérialisme occidental. Ses différents successeurs n’ont fait qu’amplifier le phénomène. Ils ont démantelé le tissu industriel local, le système bancaire national et offert le pays sur un plateau d’argent au capitalisme étranger. Ils ont installé un mode de gouvernance basé sur du clientélisme, du népotisme, de l’obscurantisme et de la politique de la main tendue. Ils s’autoamnistient pour perpétuer leur système et préserver leurs intérêts personnels et de clans. Un poisson pourrit toujours par la tête.

C’est à la tête de l’Etat que la pauvreté est la plus visible. C’est d’abord la pauvreté politique qui est le premier frein à notre développement. La qualité des choix politiques (qui est la qualité du projet de société) dans un pays détermine pour beaucoup la qualité des résultats économiques, juridiques, sociaux et culturels. Le débat politique est d’une pauvreté déconcertante dans notre pays. Le pays est en campagne électorale permanente.

La préoccupation principale du président est sa réélection et la massification de son parti. Il n’est presque jamais au pays pour travailler à son développement, préoccupé qu’il est par la recherche d’honneurs et de reconnaissance pour en mettre plein la vue à une population en mal de repères.

L’opposition classique ne présente aucun projet alternatif crédible. La société civile manque encore d’envergure. L’obscurantisme est la chose la mieux partagée dans le champ politique. On nous annonce que des usines à gaz à base de milliards et de slogans creux sur l’émergence.

Le pays ressemble plus à une république bananière où les pratiques informelles (corruption, concussion, trafic d’influence et prise illégale d’intérêt) persistent. Le refus ou la peur de réformer en profondeur la société occulte le leadership d’un dirigeant incapable de mettre cette société en mouvement. Quelle pauvreté que de voir un gouvernement qui persiste à nier l’évidence et à se faire l’avocat du diable au lieu de s’atteler aux réformes en profondeur indispensables à la mise en mouvement de la société.

Cette pauvreté politique influe forcément sur la pauvreté de notre justice (qui est loin d’être indépendante et outillée pour accompagner le développement du pays) , sur la pauvreté de notre économie (nos capitaines d’industrie se comptent sur les doigts d’une seule main, le secteur privé local est en agonie, le capital étranger domine l’économie) , la pauvreté de notre système sanitaire et social (la déliquescence du tissu sanitaire et social est très avancée, la cellule familiale est disloquée, la cohésion sociale est en lambeaux) et sur la pauvreté de notre système éducatif et culturel en général (la crise de l’école persiste, l’art et la culture sont devenus des parents pauvres) . La pauvreté est visible dans la dégradation du cadre de vie, dans la mauvaise qualité de services de nos administrations, dans l’incohérence architecturale et urbanistique.

La pauvreté de nos régions est la résultante d’une quasi absence de politique d’aménagement du territoire. La dégradation du niveau de l’éducation a entraîné une frange importante de la population dans des comportements déviants et dans des pratiques d’un autre âge. La pauvreté intellectuelle constitue un danger pour les libertés. Ceux qui avaient le courage de faire des investigations pour éclairer le peuple ont vendu leurs âmes au diable. La presse qui devait jouer un rôle de contrepouvoir manque souvent de professionnalisme, de pédagogie et de respect de la déontologie pour crédibiliser son action. La conséquence est le développement d’une certaine pauvreté de la citoyenneté qui délie les liens sociaux et plonge le pays dans une situation indescriptible où égoïsme et individualisme se disputent la palme.

Malgré la prolifération des lieux de cultes et autres mouvements religieux et confessionnels, le pays vit une véritable pauvreté spirituelle et morale car il y a beaucoup plus de Djoulikats (prieurs mécréants) que de Djoulits (vrais croyants). Des gens qui sont prêts à tuer ou sacrifier un être humain pour faire fortune ou freiner son évolution sont dans la déchéance absolue. Quelle pauvreté pour une frange importante de la société qui est incapable de se réjouir ou d’encourager la réussite de son prochain. Pourtant le pays dispose de potentialités (notamment humaines) énormes qui ne demandent qu’à être valorisées.

Mais encore une fois on ne peut pas construire sur des fondations en ruines. Des pays engagent des enquêtes de santé mentale sur leurs populations dans le but d’étudier la propension de certains à aller vers des comportements suicidaires. De telles enquêtes peuvent être utiles dans nos pays pour identifier les risques de sombrer dans certaines pratiques informelles et déviantes et dans d’autres actes de sorcellerie et de fétichisme. La propension d’une population à adopter des comportements de méchanceté gratuite, de jalousie maladive, d’oisiveté, de trahison, de prédation et de prévarication peut être étudiée et des actions de prévention contre ces fléaux mieux mises en œuvre.

Les maux de notre société sont énormes et l’urgence d’un ndeup (exorcisme) collectif est encore plus pressante. Cet exercice d’introspection nous permettra d’extirper les maux qui gangrènent notre société et de dresser les axes de sa mise en mouvement. Notre pays ne peut plus tolérer la défaillance du management public et privé.

Nous ne pouvons plus accepter que des dirigeants détournent les objectifs (et les deniers publics) et privilégient leurs familles biologique et politique au détriment du peuple et de l’intérêt général. Nous ne pouvons plus supporter les ilots de richesse dans des océans de pauvreté.

Engageons le combat citoyen pour instaurer dans notre pays, dès 2019 avec Ousmane SONKO, un environnement favorable à un développement harmonieux et capable d’éradiquer la pauvreté. Avec les patriotes, nous allons démontrer que la pauvreté n’est pas une fatalité. Nous disposons de ressources humaines de qualité capables d’optimiser en permanence l’énorme potentiel du Sénégal et de son peuple.

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