Régions pôles économiques versus pôles de compétences

La sortie du livre « Solutions » de Ousmane Sonko suscite un débat, ô combien passionnant, tant les critiques fusent de partout. Faudrait-il encore qu’elles soient constructives, dans le seul but d’en faire bénéficier notre Sénégal. Ainsi, il semble impératif de lever tout biais qui viendrait se poser sur ce débat.

Un point m’a particulièrement interpellée, c’est celui que pose l’économiste, El Hadj Ibrahima Sall, qui dit que les régions pôles économiques existent depuis Mars 1959 et étaient appelées zones homogènes. Ma modeste personne croit comprendre que Ousmane Sonko, dans son livre, parle d’une notion qui relève de l’économie (récente) du territoire, en l’occurrence les pôles de compétences (appelés selon les pays clusters, districts industriels ou pôles de compétitivité). En effet, la Nouveauté repose sur une dotation, en facteurs socio-économiques, qui contribuerait à rendre les territoires plus attractifs et plus innovants. À mon sens, « Solutions » propose un modèle basé sur l’ancrage d’une activité spécifique dans chaque région et sur la capacité des régions à se spécialiser et à partager leurs ressources et leurs expériences/compétences pour en tirer mutuellement profit. Cela ne serait possible qu’avec la mise en place de structures institutionnelles accompagnant les entreprises et intervenant pour en réguler le fonctionnement vers des dynamiques régionales afin de faire face à la poussée des pays industrialisés.

Dans ce que propose Ousmane Sonko, il est important de noter que les entreprises sénégalaises travailleront de concert avec les universités du territoire national, les laboratoires, les centres de recherche, mais aussi les entités économiques et financières locales et sous régionales. C’est d’ailleurs ce que préconise l’économiste Granovetter quand il parle d’« embeddedness » (ou d’encastrement local). On ne peut « séparer l’ordre de la pratique économique, d’une idée ou d’un fait du contexte dans lequel il ou elle s’insère, car les actions économiques sont encastrées « au sein de systèmes concrets ».

Cette nouvelle approche est intéressante, tant elle soulève la problématique de l’obsolescence de certains paradigmes économiques et incite à repenser les régions pôles, dans la mesure où laquelle approche réfute les mécanismes que nous imposent nos partenaires institutionnels. Ce modèle doit s’organiser sous le régime d’un partenariat et non de l’assistanat. Il faudra que le développement ne soit plus analysé en termes strictement économiques mais en fonction de questionnements plus profonds qui devront inclure la dimension sociale et la formation, si l’on veut devenir productif. D’ailleurs, le Prix Nobel Paul Krugman est d’avis que c’est devenir productif qui déterminerait le niveau de vie d’une économie nationale et sa richesse (via le revenu/tête).

La compétitivité de nos régions, entendu pôles de compétences, dépendra de la capacité d’encastrement des entreprises. C’est à dire leur capacité à collaborer et à échanger des compétences et des connaissances, sur un territoire donné ; car la coopération est l’un des socles des pôles de compétences. Le défi majeur à relever est de réaliser collectivement ce qu’une entreprise ne peut faire individuellement dans ce contexte économique mondial. D’ailleurs, l’OCDE a considéré, enfin, que « la compétitivité désigne la capacité d’entreprises, d’industries, de régions, de nations ou d’ensembles supranationaux de générer de façon durable un revenu et un niveau d’emploi relativement élevés, tout en étant et restant exposés à la concurrence internationale ».

C’est fort de tout cela que, Sonko, sans en revendiquer la paternité, semble proposer une politique industrielle qui promeut des facteurs – clés de compétitivité/compétence. Il s’agira d’identifier les potentialités de chaque région et de les confronter avec ce qui se fait dans nos universités et/ou laboratoires. Et, au regard du caractère transversal (géographique, économique, sociologique, politique) de ce modèle, il appert aujourd’hui qu’il soit opportun, pour le Sénégal, de moderniser les régions pôles économiques pour les ériger en pôles de compétences (exemple de la Silicon Valley) pour une meilleure articulation et un renforcement des mécanismes de coordination à l’intérieur des systèmes territoriaux.

Arame NDoye GASSAMA
Docteur ès Sciences de Gestion Spécialité Pôles de compétitivité

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