L’ombre de Serigne Cheikh.(Par Male Fofana)

Le plus petit enfant du village sait qu’il ne doit pas arracher une plante sans connaitre la profondeur de ses racines, il peut se retrouver avec un tour de reins. 

Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy s’est soustrait de notre vue un 15 mars. Mais son ombre plane encore dans les esprits, surtout en ses moments difficiles. La première chose qui nous vient en tête, quand on parle de lui, est surement le fait qu’il a dit que nous devions purifier nos cœurs, sans quoi le pays allait sombrer dans un bain de sang.

Aujourd’hui, beaucoup disent que le Chef de l’état, s’il avait pu caresser l’idée d’un 3ème mandat, a pu avoir une idée bien claire, avec les récentes émeutes, de ce que cela peut coûter au pays. La question que Maimouna Ndour Faye, avait posé, un jour, à Birame Souleye Diop, a, en tout cas, trouvé une réponse: « Qu’est-ce qui peut se passer si on emprisonne Ousmane Sonko, alors que  l’arrestation de Karim Wade et de Khalifa Sall n’ont pas fait grand remous? ». Mais le plus petit enfant du village sait qu’il ne doit arracher une plante sans apprécier d’abord la profondeur de ses racines. Il risque de se retrouver avec un tour de reins.  Si on  devait considérer Ousmane Sonko comme une herbe indésirable à enlever, il serait bien raisonnable de dire dans ce cas que le Sénégal souffre d’un cancer bien avancé, car le projet de cet homme semble bien enraciné dans le cœur de certains.

La situation que nous  vivons est grave. Nous en convenons tous, même si nous ne sommes pas tous d’accord à propos de l’interprétation des responsabilités de chacun dans cette affaire. Pour bien  cerner la situation, il faut que chacun donne son point de vue. Une des précautions à prendre toutefois, est que nous devons en même temps, fournir le raisonnement qui nous a guidé à ce point de vue. De cette manière, à la place d’apprécier  uniquement le résultat des réflexions, nous verrons aussi le cheminement de la réflexion de chacun. Ceci est la raison pour laquelle, on demande à nos étudiants de nous fournir un cadre théorique et une méthodologie quand ils nous livrent des résultats de recherches.

En matière de contribution, on a  eu droit au point de vue et au conseil  d’Idrissa Seck à Ousmane Sonko. Mais à la place de dire que jusqu’à l’extinction du soleil, personne ne pourrait prouver ce dont on l’accuse, le leader de Pastef a préféré jurer, et dire qu’il n’aurait pas couru le risque qu’un seul être humain soit mis en danger s’il avait été coupable de ce dont on l’accuse.

Mais élargissons un peu les perspectives. Dans la fable de La Fontaine, l’agneau n’aurait pas pu échapper au loup, peu importe ses précautions. Le loup aurait toujours le dernier mot. C’est le point de vue de ceux de Pastef, à propos d’une supposé négligence de leur dirigeant. Oustaz Alioune Sall nous enseigne, que quand un fort tape sur un faible, pour ceux qui acceptent cette allusion dans cette situation-ci, on ne peut demander au faible cesser de crier sans d’abord demander à l’adulte d’arrêter de frapper. On ne peut régler un problème qu’en s’adressant aux deux parties. Nous pouvons apprendre cela de l’épreuve du roi David (2. 246-251).

Parmi les points de vue soulevés, nous avons celui  qui soutient que Ousmane Sonko aurait pu ne pas résister, au début de l’affaire, ni appeler à résister. Il aurait pu s’en remettre à Dieu. Il est possible de dire que le président de Pastef-les patriotes n’aurait probablement pas hésité si la Justice n’avait pas été pointée du doigt dans l’affaire Khalifa Sall et Karim Wade. Il a agi comme la girafe qui refusait d’aller voir sa mère car estimant que celle-ci ne l’appellerait pas avec un couteau à la main (sama yaay du ma woowe paaca). C’est l’ethos prédiscursif de la justice qui est en jeu, de même que les vices de procédures.

Quand il fut demandé à Serigne Cheikh de multiplier les prières, car une conspiration allait lui tomber dessus, il a refusé de s’asseoir sur sa natte, et d’attendre la main de Dieu. Il sait pourtant que le Tout-puissant ne manque jamais à Sa promesse. Et il a la certitude que Celui-ci rétablira immanquablement la justice. Mais il sait  que Dieu ne fera pas pour nous ce que nous pouvons faire nous-même. Et il a surtout appris, comme il le déclame lui-même, que le Tout-puissant, dans sa souveraineté absolue, n’interviendra que quand, il Lui plaira: demain ou bien des années plus tard.

Un jour auprès de Lui, équivaut à cinquante mille ans, de nos misérables vies. (70-5/7)

Le tiroir temporel est une perception humaine, car ce que les hommes voient loin (Inna hum yarawna hu ba’eeda),  Dieu le voit très proche (wa nara hu qaarib).

Malé Fofana PhD

AuteurConseiller linguistique et communication

ComUnicLang-Bataaxel

https://www.comuniclang.com/

Sherbrooke, Québec, Canada

 

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