Le militantisme politique, corporatisme partisan ou engagement ?(Par Ansou Sambou)

Quand on parle de militantisme politique, cela peut renvoyer aujourd’hui à beaucoup de choses. Mais il est souvent plus facile de l’évaluer lors des débats contradictoires entre militants de partis politiques différents. C’est l’un des moment opportuns où l’on peut observer et détecter les idéologies des uns et des autres ou bien, il faut lire les ouvrages des leaders qui pilotent les partis ou encore les manifestes ou textes fondateurs des partis, s’ils existent. Mais combien de ces 300 partis politiques sénégalais expriment réellement le militantisme politique ? Sans doute pas beaucoup !

Mais focalisons-nous sur le débat politique puisqu’il est celui auquel les partis se livrent le plus souvent. D’ailleurs c’est lors des débats politiques qu’on en découvrent certains. On n’apprend jamais leurs congrès et assemblées générales. C’est à vérifier s’ils se tiennent.

Qu’est-ce que le débat ou l’adversité politique ?D’abord, le débat politique est permanent dans une démocratie. Il s’agit de provoquer une rencontre, cette rencontre de l’autre, des autres. Il s’agit d’aller vers l’autre ; c’est ça le débat ! C’est ça la confrontation des idées. Même dans l’adversité politique, qui est loin d’être une adversité idéologique, mais une question de choix. Cependant, il est aujourd’hui regrettable de constater que l’adversité politique repose sur une folle envie d’anéantir l’autre, de tuer l’autre moralement, de nier l’autre « en tant qu’être moral » pour reprendre les mots de cheikh Anta Diop.

Dans cette nouvelle adversité politique, on ferme les yeux devant les évidences et les vérités. On rejette tout ce qui vient de l’autre plutôt que de prendre le meilleur de lui, de ce qu’il avance.

Politisons- nous! Mais n’oublions pas qu’il ne s’agit pas de se lier à un parti ou à une sensibilité politique mais il s’agit aussi de s’intéresser à la chose publique et donc à la tenue des affaires de la cité. Ce qui implique que vous ayez un regard attentif sur l’utilisation des ressources et donc sur les mécanismes de gestion.

Cette posture ,qui est d’abord citoyenne avant d’être politique, exige de nous une honnêteté intellectuelle au point que  nous avons le devoir et la responsabilité de dire les vérités sans « langue de bois ». C’est-à-dire de critiquer objectivement si nous sommes opposants, et de reconnaître les impairs de notre camp si nous sommes du parti au pouvoir. D’un côté comme de l’autre, peu importe, nul autre outil plus efficace que les faits ! Ils sont ce sur quoi l’on doit se baser pour fonder sa pensée politique, son opinion car «les fait sont têtus», dit-on.



L’abrutissement du terrain politique est arrivé lorsque l’honnêteté intellectuelle, l’objectivité ont déserté le débat politique. La vérité et la sincérité se sont évaporées du débat politique depuis que la médiocrité a élu domicile dans nos partis politiques. Elles ont emporté les idées avec elles et ont laissé un désert derrière.

Aujourd’hui, ce qui paraît être de l’adversité politique, est tout simplement de l’animosité haineuse que rien d’autre à part le désert d’idées et l’absence d’idéologie ou d’idéal n’a causé.
Il s’agit là d’un manque d’assise idéologique, d’une incompréhension de ce qui motive la pensée politique et en constitue le fondement : l’amélioration sans cesse de la qualité de vie des peuples. Cette qualité de vie n’est pas seulement le fait matériel mais le souci d’organiser notre vie en communauté et d’en préserver l’originalité et la cohésion.
Si le débat politique vient à fragmenter voire compartimenter la nation, le pays, c’est qu’il n’a pas que failli sa mission mais, il a détruit l’État. C’est parce qu’il ya un État, qu’il y a la Politique. Tous les deux doivent aller et ni l’un ni l’autre n’est indépendant.
Dans plusieurs pays, c’est à cause de cet échec de la politique et du parti politique pour ne pas dire le militantisme politique, que la gestion du pays est catastrophique. Tous les pays où la gestion souffre énormément d’irrégularités et d’anormalités, sont ceux où les Partis n’existent que pendant les deux mois d’avant élection. C’est également là où le « militantisme politique » est basé sur l’appartenance ethnique et régionale. C’est d’ailleurs dans ces pays où il s’opère fréquemment ce que l’ONU appelle « nettoyage ethnique » ; c’est-à-dire, les massacres d’une communauté ou groupe ethnique par celui du président en exercice.
Les pays qui souffrent de ce fléau sont le Kenya, le Burundi, la RDC, la Centrafrique, la Somalie, le Mali, la guinée Conakry, l’Irak etc…

Les Partis politiques doivent être et rester le creuset de la formation citoyenne et politique de personnes, capables à termes, d’avoir le recul suffisant pour aborder tous les sujets complexes qui intéressent et touchent l’intérêt général ou national.

Ceux qui n’ont jamais vu cet aspect du militantisme politique, continuent et continueront toujours de croire que nous perdons du temps et de l’énergie à militer dans les partis Politiques. Et il appartient à nous (militants de tous bords), de poser des actes qui déconstruiront cette fausse conception pour ramener ces gens à changer de regard, à voir plus grand. Il s’agit donc de faire tomber les clichés.

Chers militants, la responsabilité qui est la nôtre, c’est de faire de cet instrument, cette activité (appelez ça comme vous voulez), un outil de transformation sociétale dans une société en perdition, et de progrès social dans les sociétés en quête d’avancement matériel.

Dans le cas du Sénégal, honnêtement, tous les deux y sont. L’effondrement est pressenti par beaucoup de penseurs et le progrès y est à faire et les difficultés actuelles que nous vivons le prouvent à suffisance.
Nous avons des difficultés à s’entendre sur le modèle sociétal que nous voulons, ou pire, le modèle d’État également.
Nous pouvons ne pas tomber d’accord sur le modèle économique mais au moins sur certains aspects, il ne devrait pas y avoir d’amalgames ni de tiraillements.
La cohésion nationale en reçoit parfois et de plus en plus, les coups.

Cette forme corporatiste des partis politiques basée sur du néant idéologique ou sur des considérations totalement légères, a fini par banaliser la transhumance. C’est de là que vient la transhumance tant pratiquée aujourd’hui.
Abdou Latif Coulibaly s’était posé la question du pourquoi tant de transhumance ? La réponse, il la tient en se regardant dans le miroir ou en « regardant dans son rétroviseur »
Ou encore, il peut se poser une question simple: Qu’est-ce-que je suis devenu ?
Les justiciers, les adeptes de la démocratie que sont-ils devenus ?

Les chefs de partis ont cette lourde responsabilité de faire former leurs militants pour qu’enfin, le débat public, et le débat politique soient assainis et débarrassés de tous ces problèmes. Plus le débat politique sera de qualité, mieux les élus seront de qualité.
Les détournements massifs de deniers publics sont le reflet de ces handicaps du parti politique au-delà de la moralité de l’individu.

Tant que la qualité n’est pas prônée dans nos partis politiques, la gestion du pays restera médiocre et cruelle et ne produira que des calamités comme c’est le cas actuellement et même bien avant.
Je m’adresse aux leaders politiques en commençant par celui de ma formation politique, je leur demande solennellement de se pencher sérieusement sur la question de la formation citoyenne et politique de leurs militants de base.
Personne d’autre ne le fera à leur place.
Les écoles du parti sont quasi inexistantes et sont aujourd’hui remplacées par des forums et séminaires folkloriques aux allures de bamboulas et d’intimités festives bien arrosées. C’est juste de la communication cosmétique.

Ansou SAMBOU, panafricain
convaincu et militant politique


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