Jeudi Noir – N°35 (Par Bruno d’Erneville)

Bonsoir chers amis,

Fin du Parrainage et par la même occasion celle du travail à temps partiel des pauvres goorgorlu qui, n’ayant rien compris au « parrainage » ont su tout au moins percevoir la  » rentabilité » à court terme de ce système. A coups de 5000F ou 10 000F la signature certains ont surrexploité leurs listes, en les vendant à plusieurs candidats. Et tant pis pour ceux qui ont cru qu’avec leur argent tout était acquis ! On verra bien !

Il paraît qu’un logiciel du Conseil permet, dès que l’on y introduit le listing, de montrer immédiatement les faux (ah, oui j’avais oublié de dire qu’il y a aussi ceux qui se mettaient au pied du manguier pour remplir leurs fiches au pifomètre, pourvu que ce soit ressemblant et qu’au finish le candidat casque !) et les doublons…ces listes deviennent tout simplement ROUGE, genre carton rouge quoi, exit ! Depuis hier, le décompte a commencé. Mais il s’est passé un « incident », on pourrait aussi l’appeler « scandale » car un candidat s’est vu alpagué par les gendarmes alors qu’il voulait déposer son dossier. Ne me dites pas que c’est parce qu’il a comme pseudo « Kouthia » qu’il est d’office disqualifié ! Au nom de quelle démocratie peut-on lui refuser le droit d’être un candidat ? N’y a-t-il pas un Sénégalais au moins pour voter pour lui ? Ou alors, s’agit-il d’un fou du roi, de ces bouffons modernes qui, selon Erasme ont une seconde nature, celle d’être un révélateur ? Je m’explique : cet homme indique au moment de son « arrestation » que personne n’avait cru qu’il irait au bout de sa démarche et il l’a pourtant fait. Il dit ensuite qu’en cas d’invalidation de sa candidature, il n’y aura pas d’élection, allusion aux propos des karimistes mais pas seulement, à mon sens. Kouthia a-t-il eu des informations sur un probable report des élections ? Ce qui est sûr c’est que le personnage est à la fois comique et satyrique, risible mais intelligent. Or tout les ingrédients sont à présent en place pour créer une cacophonie avant les élections :

1) les partis n’ont pu accéder au fichier véritable pour vérifier leurs parrains comme le BBY a pu le faire,

2) à ce jour aucune règle, je dis bien aucune ne définit la méthode de comptage des signatures de parrains,

3) les conditions de dépôt ne rassurent pas du tout sur la fiabilité de la conservation des documents fournis,

4) les fiches « papier » finalement se révèlent totalement inutiles pour le comptage,

5) les observateurs de la société civile sont « imposés » par l’Etat et non consensuels.

D’ores et déjà la résistance s’organise. Demain une grande marche simultanée sur les quatre départements de Dakar aura lieu et les leaders ont déjà à la bouche de « refuser toute invalidation de candidature  » car elle serait injuste. Ceci au demeurant n’est pas faux compte tenu de supra. Ça va être chaud donc ce 20 janvier si le Conseil Constitutionnel (CC) tente d’ éliminer des candidats « lourds ». C’est aussi ce que dit en substance le journaliste Pape Ale Niang dans le débat de ce jour. Or ces « sages » ne sont plus assez raisonnables depuis que Wade les a habitués aux contorsions et aux torsions de la loi pour un but précis. Ils sont bel et bien capables de prendre des risques pour le prince ! Mais comment se comporteraient alors les observateurs de la société civile ? Nul ne le sait. Et la jeunesse, cette frange à la fois si courtisée par les candidats, si délaissée par les élus et désormais si engagée pour cette élection ? Comment imaginer l’explosion de haine qui peut provenir d’un rêve si fortement rêvé et si brutalement rompu ?

Le défi que notre République aura à relever dans les jours à venir sera donc d’autant plus grand que les règles du jeu ne sont pas complètement définies dans une arène de gladiateurs qui jouent pour certains leur va-tout :  » ave CC, morituri te salutant !  » (*) Dans ce mortal kombat l’usage de la force légale appartient à l’Etat c’est indéniable, mais il est tout aussi vrai que cette force appartient au peuple. Elle ne peut pointer l’arme contre soi longtemps.

Un homme politique proche du pouvoir a cru bon devoir rappeler que le Code électoral de 92 n’était pas si consensuel que cela, puisque c’est celui là même qui fut à l’origine des troubles ayant abouti à la fameuse affaire Me SEYE, Magistrat dont l’assassinat reste à ce jour non élucidé. Il rassure que jamais situation n’a été aussi pacifiée à la veille d’une élection présidentielle. Si ce n’est la méthode Coué, il faudrait qu’il nous dise dans quel Sénégal il vit. Quand il évoque les morts des manifestations sous WADE, il oublie que nos forces paramilitaires ont reçu des moyens de répression autrement plus terribles sous le régime actuel ! Dieu nous en préserve, mais si l’on nous y pousse nous offrirons nos poitrines à la lutte, nos têtes seront bien droites et des centaines d’autres suivront jusqu’à la victoire. Il n’y a pas d’autre alternative que d’organiser des élections propres monsieur le président Macky SALL !

(*) Bonjour CC , ceux qui vont mourir te saluent. (salutations des gladiateurs à Auguste César en entrant dans l’arène.)

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