Corruption, anatomie du cancer de la bonne gouvernance (Par Mansour Shamsdine Mbow)

Quand le corrompu et le corrupteur dansent au rythme de la Samba.

 »Enveloppes rouges » en Chine,  »bakchich » en pays arabe,  »matabiche » en Afrique centrale,  »payola » aux Philippines,  »propina » en Amérique latine,  »dessous de table » en Afrique de l’ouest ou tout simplement  »pots-de-vin » pour le reste du monde; autant les mots sont innombrables pour désigner la corruption que cette grande supercherie aux allures universelles étale ses forces tentaculaires et cancéreuses telles des toiles d’araignées polluant l’environnement des affaires mondiales, et empoisonnant la santé des finances publiques.

 »Ce mal insidieux, écrivait, Pierre Abramovici, est responsable de l’atmosphère empoisonnée qui pollue la chose publique et nuit au développement ». Mais comment définir la corruption ? Sous quelles formes peut-elle exister? Et dans quelles conditions est-elle en train de se développer?

Techniquement, la corruption se définit assez souvent, par l’acte qui consiste à offrir ou à promettre un avantage ou un privilège quelconque, en nature ou en numéraire, à un agent public, fonctionnaire, ministre, chef d’entreprise, dirigeant politique…, de sorte que celui-ci viole ses devoirs à l’égard de la collectivité qu’il représente et au nom de laquelle il agit, mais contre les intérêts de laquelle il réagit. Illustrations. De  »l’affaire Fillon » en France à l’affaire des scandales bis repetita qui éclaboussent notre république et jette le discrédit sur notre Dame-justice, en passant par  »l’affaire Petrobas » au Brésil, avec « la lava jato » dont Lula en avait payé lourdement les frais, et le scandale de  »la corruption dans la magistrature sénégalaise » en 2003 ainsi même que le policier, ripoux de la circulation, ou le simple commis du service public soudoyé, ce fléau prend de l’ampleur et se développe à des proportions inquiétantes en s’effectuant contre l’intérêt général et contre la morale publique.





Alors, autant il faut être deux pour danser la Samba que le corrompu et le corrupteur font toujours cause commune. De là, apparaît la corruption active désignant le corrupteur en face de la corruption passive, désignant, elle aussi, le corrompu. Mais la pratique, si ignoble soit-elle, est ancienne dans le commerce mondial remontant à l’époque des trocs et, est devenue banale depuis bien longtemps, dès lors qu’elle a permis d’enrichir plusieurs gens qui, pour se donner une bonne conscience, décident de consacrer leur fortune pourtant illicite puisque tirée des entrailles pestilentielles de la corruption, à des œuvres de charité en vue de les rendre, en toute sournoiserie, licites : offrandes publiques d’aides alimentaires, d’argent et de moutons pour la tabaski aux nécessiteux, construction d’augustes lieux de culte, distribution ostentatoire de billets de pèlerinage, j’en passe. Bernard Mandeville, l’auteur de  »La fable des abeilles » n’avait-il pas donc raison de soutenir que  »nos vertus publiques se nourrissent de nos vices privés »?

Ce phénomène odieux et exécrable conditionné sous l’emballage doré de la bienfaisance existe dans tous les secteurs de l’administration et insidieusement ancré dans nos activités quotidiennes et devient symboliquement légitime parce qu’accepté presque par tout le monde. On corrompt parce qu’on est pas capable de se battre pour tirer dignement son épingle du jeu social. Et la corruption contribue certes, à enrichir certains, mais lèse encore d’autres. Dans ce sillage, pour une fois le bon sens s’accorde avec le paradoxe d’adhérer à la pensée très paradoxale de l’économiste américain, Andrew Carnegie qui croit qu’il n’y a point de fortuné qui ne soit coupable d’avoir fait des mendiants.

Cette forme de vampirisme humaine née de la matrice reptilienne du péché originel, semble-t-elle, ne fabrique ainsi que de sociétés d’impuissance. Et malgré les multiples agences, organismes et programmes de luttes contre ce fléau, telle une sorte de grande levée de bouclier, son virus ne cesse de se multiplier vertigineusement comme une pandémie du Coronavirus à travers le monde, impliquant du coup, de hautes personnalités publiques ou privées, physiques ou morales, jadis adulées et admirées, naguère empêtrées dans des scandales de corruption exhalant un parfum de surprise désagréable et de répugnance abjecte. Et quand l’impunité règne en maître, la mal gouvernance s’érige en mode de gestion des affaires publiques.

Donc, avec la corruption mondiale, on assiste, de nos jours, à un véritable  »crépuscule des idoles » pour paraphraser Nietzsche, et l’effondrement des équilibres sociaux annonçant subrepticement l’avènement, en filigrane, du royaume des ténèbres où règnera en maître et pendant longtemps d’ailleurs, la dynastie des  »rois de la nuit » ou l’hydre de Lerne, ce monstre hideux aux mille et une têtes dont on coupe une pour faire régénérer d’autres.

Mansour Shamsdine Mbow




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3 commentaires

  1. Analyse pertinente qui reflète une réalité mondiale !!!!

  2. Pertinente analyse la corruption détruit les bases de la démocratie.
    Avec l’engagement politique, appuyé par des lois, des institutions et la mise en œuvre de mesures, un meilleur contrôle de la corruption pourrait être effective.

  3. Pertinente analyse. Et la corruption, ce mal qui paralyse le développement des pays africains

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