Carnet de retour au bercail de Kalidou Coulibaly

J’ai grandi en France dans une ville où il y avait tant d’immigrants. Mes parents venaient du Sénégal. Ma mère raconte souvent la première fois que nous sommes de retour en Afrique. J’avais six ans. C’était la première fois que je voyais mes grands-parents et mes cousins et c’était un choc de voir comment les gens vivaient là-bas. Tous les enfants couraient pieds nus et j’étais malade.
J’ai voulu aller au magasin un jour pour acheter des chaussures pour tout le monde, pour que je puisse jouer au football avec eux, ais ma mère m’a dit :  » Kalidou, enlève tes chaussures. Va jouer comme eux « .

Finalement, j’ai enlevé mes chaussures et je suis allé jouer pieds nus avec mes cousins, et c’est ici que mon histoire commence avec le football. Quand je suis revenu en France, je jouais tous les jours dans le terrain sous la maison. Il y avait beaucoup d’immigrants dans le quartier mais nous étions comme une seule famille. C’était le genre de quartier où, comment puis-je dire ? Si ta mère avait besoin de quelque chose, tu n’allais pas au magasin, tu allais chez le voisin. Aucune porte ne t’était fermée, compris ? J’allais chez notre voisine et je demandais : « Salut, Mohammed est là ?« .
Sa mère me disait : « Non, il est sorti. Mais tu veux jouer avec la Playstation ?« .

Je n’avais pas de play à la maison, donc j’entrais, je retirais mes chaussures et j’étais à l’aise comme si c’était ma maison. J’étais la bienvenue. Si notre voisine me disait : « Kalidou, tu vas au magasin chercher du pain », j’y allais comme si ma mère me l’avait demandé.

Quand tu grandis dans un tel environnement, ce sont tous tes frères. Nous étions noirs, blancs, Arabes, africains, musulmans, chrétiens, oui mais nous étions tous français.
Oui, nous avons nos différences mais nous sommes tous égaux…

Je me souviens que pendant le mondial de 2002, nous devions aller à l’école pendant le match France-Sénégal. C’était au Japon et il y avait le décalage horaire. Nous étions très tristes.
Notre Maître nous a dit :  » Allez, ouvrez vos livres. » nous avons ouvert nos livres mais personne ne pouvait penser à lire. Nous avions à L’Esprit Henry, zizou, Diouf…
Deux, trois minutes, puis notre maître nous a regardé et dit : « OK, rangez les livres. Maintenant, nous allons regarder un film que je suis sûr vous trouverez très ennuyeux. » Il a pris la télécommande et a mis le match avant de nous demander : « ça reste notre secret, d’accord ?« .

C’était l’un des plus beaux moments de ma vie.

Nous étions 25 en classe : Turcs, marocains, sénégalais, français, mais nous étions tous ensemble. Je me souviens parfaitement qu’après la victoire du Sénégal je marchais vers la maison et je voyais tous les parents de mes amis sénégalais qui dansaient dans la rue. Et puis, vu qu’ils étaient tous si contents, même les parents des turcs et français ont commencé à danser avec eux.
Ce souvenir m’a été gravé parce que c’est la vraie valeur du football, ainsi que celui de la vie. Mon quartier était exactement comme ça.

Parce que tu peux avoir tout dans la vie : tu peux avoir de l’argent, de belles machines, mais il y a trois choses que l’on ne peut pas acheter : L’amitié, la famille et la sérénité.
Ce sont les choses les plus importantes de la vie. Ceux-là, ils ne s’achètent nulle part.

Extrait d’une merveilleuse lettre adressée à « The Players tribune »

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