Ayons les moyens de nos ambitions (Par Maimouna DIA)

Le Président Sonko affirme dans sa tribune à l’assemblée nationale lors du marathon budgétaire sur la loi de finance initiale 2020 (LFI2020) que le Sénégal ne dispose pas d’une bonne politique budgétaire, fiscale et monétaire pouvant nous autoriser à emprunter autant que les pays de l’OCDE. Les chiffres ne le contredisent pas !

Rappelons nous que le Parlement sénégalais a voté la loi de Finances 2019, en décembre 2018 du pays qui s’élèvait à 4 000 milliards de F CFA. Dans ses grandes orientations, ce texte s’inscrit dans le sillage du plan Sénégal émergent (PSE), non sans une orientation fortement sociale en cette veille d’élection présentielle. On se rappelle du slogan vendu aux sénégalais : 2019, année sociale.

Un budget intimement lié à l’endettement excessif du Sénégal qui se chiffre à 8076 milliards soit 53% du PIB.

Chaque année l’Etat du Sénégal doit voter des budgets de dépenses à ne pas excéder. Pour élaborer son budget il doit respecter certaines normes pour stabiliser l’économie. Ce budget servira ainsi à financer les dépenses publiques (les grands travaux ou infrastructures).
Les entreprises vont anticiper l’augmentation de la demande en réajustant le volume de production. L’Etat va percevoir d’avantage de recettes fiscales qui se traduiront par un équilibre budgétaire.

Par exemple si le gouvernement d’un pays décide de diminuer les impôts sur le revenu, cela permettra normalement d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages et donc la demande tout en diminuant les charges fiscales imposées aux entreprises, leur permettant ainsi de produire plus et d’embaucher. Ainsi l’offre pourra répondre à la demande et il y aura ce qu’il convient d’appeler de la valeur ajoutée dans l’économie (croissance économique).

Si ce même gouvernement décide au contraire d’augmenter les impôts (revenus et entreprises), cela servira par exemple à ralentir la demande (les ménages n’auront suffisamment de revenus) et les coûts de production vont intégrer cette augmentation des charges fiscales pour les entreprises. En ce moment, l’État peut mobiliser beaucoup de recette fiscales mais prend le risque de générer un fort taux d’inflation.

La réalité aujourd’hui est le fort endettement public dont l’investissement est orienté dans des dépenses de prestiges. L’Etat sénégalais doit nous édifier sur les chiffres réels de l’encours de cette dette globale qui ne cesse d’enfler.

Le ratio dette publique sur PIB mesure la dette brute des administrations publiques d’un pays en pourcentage du produit intérieur brut. Cet indicateur clé mesure la viabilité des finances publiques. La dette se décompose comme suit : numéraire et dépôts, titres de créance, crédits, droits sur les régimes d’assurance, de retraite et de garanties normalisées, et autres comptes à payer. Les fluctuations de la dette publique sont principalement dûes à l’importance des déficits publics passés. Lorsque Sonko évoquait un déficit budgétaire de 100 milliards de francs CFA, l’économiste Abdoulaye Seck qualifiait cela de « tension de trésorerie », quoi qu’il en soit nous peinons à renflouer nos comptes, car nous n’avons pas un organisme de collecte des impôts digne de ce nom.

Notre talon d’Achille est le taux de pression fiscale derisoire révélé par le Président Sonko hier se situant aux alentours de 17%. Ne pas confondre le taux d’imposition et celui de la pression fiscale. Au Sénégal, par exemple, le taux d’imposition moyen sur les entreprises s’établit à 48%. Ce dernier est exercé par l’imposition des bénéfices, les cotisations et charges sociales supportées par l’employeur, la taxe foncière, l’impôt sur la transmission du patrimoine, l’imposition des dividendes, etc. Par conséquent la faiblesse des recettes fiscales par rapport à la taille de notre économie s’explique essentiellement par l’étroitesse de leurs assiettes fiscales (refus d’imposition de certaines niches fiscales) et le manque de rigueur des organismes chargés de leur collecte.

Au final, cette pression fiscale insuffisante peut ralentir la croissance économique et altérer la performance des entreprises. Le secteur informel échappe totalement au fisc et réduit ainsi l’attractivité de notre économie. Évidemment si l’exercice du pouvoir rime avec train de vie luxueux et clanisme personne n’est enclin à entretenir leurs dérives. La fiscalité est le premier acte de citoyenneté, si l’argent public est bien dépensé, le citoyen sera prêt à payer l’impôt : la redistribution en sera plus équitable.

Lorsqu’on parle de la dette on doit s’intéresser au coût de celle-ci, les taux influencés par les agences de notation comme Standard and Poor’s. Leur rôle est de mesurer précisément le risque de non remboursement des dettes par l’emprunteur. Même si S&P a rehaussé la note du Sénégal, qui passe de B+ avec une perspective stable à B+ avec une perspective positive, nous sommes loin des pays qui ont un taux d’endettement aussi importants que le notre.

La France qui est le meilleur élève des pays de l’OCDE affiche un taux de pression fiscale de 54,73% en 2019. La notation Standard & Poor’s de la France est de AA (perspective stable) en 2019.

Vous l’aurez compris, le taux scandaleux de ces emprunts dépend de cette note. Pourtant nos ressources naturelles auraient permis d’avoir une meilleure note, car ils sont censés garantir ces emprunts, mais nous risquons de ne pas en voir la couleur. Le leader du Pastef nous avait démontré que les contrats d’exploitation permettaient d’enrichir des entreprises et des lobbies étrangers, car l’Etat les bradait. Nous n’allons pas revenir sur les transactions spéculatives réalisées sur les titres miniers et pétroliers, qui ne profiteront pas au peuple sénégalais.

Maimouna Saïdou Dia
PASTEF Bordeaux

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