Aboubacar Djamil Sane, ce dauphin qui a noyé le « gros poisson de Dakar »

Tous habitants de la commune des parcelles assainies, Djamil Sané et Moussa Sy sont deux « enfants du littoral » puisque le premier a passé son enfance à Ziguinchor et le second est un « Foutanké » devenu habitant des Parcelles assainies d’abord une inconnue puis une figure politique reconnue suite à son accidentelle accession au fauteuil municipal.

Djamil, comme l’appellent ses collaborateurs bien aimés, est un talentueux jeune calme serein, d’une courtoisie remarquable. Derrière ce calme relatif se cache une intelligence académique et sociale insoupçonnées mais assez apparentes lorsqu’on observe ses interactions avec ses collaborateurs et l’ambiance qui règne dans la section communale de Pastef Parcelles Assainies dont il est le coordonnateur.

Derrière cette timidité relative, se cache des convictions fortes et inaltérables.

Une humilité qui frôle les limites du possible et qui pousse parfois ses jeunes militants à lui faire des honneurs aux forceps parce que connaissant ce qu’il représente dans le plus grand projet politique du Sénégal : PASTEF.

Justement, c’est lui et tant d’autres pionniers qui ont insufflé ce terme de « projet » que tous les patriotes prononcent aujourd’hui partout.

Mais « l’idée de l’avenir est plus féconde que l’avenir lui-même », pour reprendre Berson.

Le nouveau maire des parcelles assainies fit ses humanités au collège Tété Diedhiou puis au lycée Djignabo de Ziguinchor où il réussit le baccalauréat D (l’actuelle série S2) avant de rejoindre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar à la faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG).

Il en sort diplômé de la licence et la maîtrise en sciences économiques et gestion.

Comme tous les jeunes de son pays, il va faire face au chômage mais pas pour longtemps. Il passe un stage à GTI, un cabinet d’expertise comptable durant deux ans.

Il travailla dans le Groupe LAKS, une entreprise agroalimentaire marocaine durant cinq années où il acquiert selon lui, l’essentiel de son expérience professionnelle en tant que contrôleur de gestion. Une responsabilité qui lui paraissait bonne parce que collait avec ses aptitudes et sa personnalité. Il dit être amoureux de la transparence et ne veut pas faire partie d’une équipe qui ne gagne pas.

En 2011, Djamil va s’engager dans une nouvelle aventure. Il devient le directeur administratif financier du groupe « Helcom Bâche » qui n’est plus à présenter.

Co-fondateur du parti PASTEF dont il est le responsable adjoint des finances, le tombeur de Moussa Sy conduisait la commission finances de la coalition Sonko Président, coalition qui avait porté la candidature du Président Ousmane SONKO en 2019.

Ancien membre de l’association des élèves et étudiants musulmans du Sénégal, il acquiert très vite ses aptitudes de manager associatif et de militant. Il faut regarder les membres de sa section arriver aux divers rassemblements de PASTEF pour se rendre compte de ce qu’il a réussi à créer dans sa commune.

Toujours irréprochable sur la mobilisation à chacune des activités ou rassemblements du parti.

En bon fondateur, il a réussi à instaurer et matérialiser la devise du parti dans sa section : le don de soi pour la partie.

Il est clair que sortir deuxième à la présidentielle de 2019 devant la méga coalition idy2019 et derrière la coalition BBY, il faut beaucoup d’habiletés, de dynamisme pour y arriver. Ce dynamisme était déjà visible le jour du premier meeting de Sonko au terrain ACAPES en janvier 2019 juste avant l’ouverture de la campagne électorale.

Les activités de l’année 2021 présageaient déjà une victoire aux municipales parce que le groupe était vivant et dynamique avec un enthousiasme rarement vu dans beaucoup de sections.

J’y ai animé un panel sur invitation des jeunes patriotes des parcelles assainies mais l’organisation méthodique et le sérieux que j’ai vus et observés m’avaient séduit au-delà de l’espoir que cela a suscité en moi.

Je me souviens avoir écrit dans mon rapport d’activité : « Riche de ses 200 milles habitants dispersés sur seulement 4 km², la commune des parcelles assainies va jouer le plus grand rôle dans la bataille de Dakar. Elle déterminera avec ses 95 milles électeurs, le parti ou la coalition ou encore le leader qui prendra les commandes de la ville de Dakar. Avec la transhumance du maire actuel, le dépit et le dégoût que cela inspire et suscite, les populations de parcelles sont orphelines d’un leader. (…) libre aux aspirants du fauteuil municipal et PASTEF a déjà fait ses premiers pas et figure en bonne position place des prétendants. »

Cet extrait résume tout l’enjeu des municipales de cette commune : laver l’affront et réaffirmer leur attachement aux valeurs et au terroir. Voici le message des parcellois !

La bonne Coalition était celle de Yewwi Askan Wi avec comme leader, l’homme de Dakar, l’emblématique maire Khalifa Sall que Macky croyait anéanti, ignorant qu’il n’avait pas détruit le monstre et l’animal politique mais son élan présidentiel par voie judiciaire.

Djamil était de ceux sur qui l’on pouvait compter du point de vue de la loyauté, la fidélité, de l’éthique pour réduire en néant les possibilités de récidive dans la trahison.

L’opportunisme matérialiste exacerbée de Moussa Sy a radicalisé Khalifa et les leaders de la Coalition Yewwi Askan Wi qui ont certainement reçu les garanties fermes de Sonko sur la probité de Djamil.

« Je pourrais lui confier une banque et dormir tranquillement », rapporte Diomaye sur les propos de Sonko exprimant sa confiance pour le financier qui avait tenu et géré ses fonds de campagne à la présidentielle de 2019.

L’une des qualités requises et sollicitées par les leaders de la coalition yewwi c’est la capacité à gérer les finances puisque ces deux prochaines années seront les seules occasions qui resteront à Macky Sall de révoquer des maires d’opposition et des équipes de l’inspection générale d’État (IGE) leur seront certainement envoyées. Il ne manquera pas l’occasion de judiciariser tout manquement ou irrégularité même mineure.

Djamil est cette assurance de loyauté, de coopération et de transparence. Dakar et ses communes sont l’âme de Yewwi Askan Wi et les leaders en étaient conscients. Djamil ne se jettera pas dans l’assiette de Macky Sall en échange d’un petit poste de PCA.

Les parcellois vont découvrir leur maire sur ses réalisations, sa rigueur, son pragmatisme et son management.

Si Barthélémy Dias a conquis Dakar avec une popularité, un nom, Djamil n’a pas noyé le « gros poisson » Moussa Sy par sa popularité et ce n’est pas une honte ou une anomalie. Il l’a fait avec un travail de proximité, de massification exceptionnelle jusque dans les profondeurs.

Il commence son mandat dans l’anonymat, comme d’autres l’ont fait avant de devenir des célébrités. Il va devoir travailler sa commune pour sortir de l’anonymat.

Comme Barthélémy Dias à Mermoz Sacré cœur, Djamil sera un « locataire » dans la commune qu’il va administrer et transformer substantiellement.

Ansou SAMBOU, membre de PASTEF et Yewwi Askan Wi et auteur de l’ouvrage : L’alternance politique au Sénégal, récit d’une rupture.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.